Des livres illustrés pour donner une unité à certaines de mes recherches : l'une sur la solitude avec le vain espoir d'en épuiser le sujet, la seconde sur la poésie du quotidien dans lequel je joue de la banalité des objets, et le troisième, oscillant entre poésie et narration, sur le monde animal, vaste et beau  sujet dont j'espère ne jamais venir à bout. Extraits.
Chorographie de nos solitudes

Espaces intérieurs




Mon espace intérieur n'est pas un lieu commun. Parce que je ne suis pas conforme. Il me faudrait pouvoir dire ma singularité, et circonscrire cet espace avec des mots qui ne seraient pas des clichés. Mais ne suis-je pas pour autant un stéréotype : celui de la non conformité.

Mon espace intérieur n'est pas un lieu commun, il reste toutefois si humainement investi, portant traces et visages des autres, qu'il ne peut échapper complètement à une commune langue ― à la banalité du propos.

Me voici donc, solitaire et suspicieuse, à quêter des espaces immaculés, à chercher une voix qui m'appartiendrait. Me voici surtout, impuissante et si usée déjà, à vaquer en mon inanité, délirant, déclinant, à dériver en mes doutes, bien disposée à ne pas mourir tout de suite. Mais bientôt.


 
Capharnaüm

Le crayon




Ne vous fiez pas à sa grise mine. Sa conicité mal embouchée de prime abord, pour peu qu'elle soit asservie à une main experte, peut délier les traits les plus fins, s'élancer en boucles joyeuses, et partir en vrille à son aise, virevoltant et dévidant allègrement le fil ténu d'une écriture.

Objet modeste, souvent considéré comme simple outil à brouillon (risquerais-je un « ne payant pas de mine » ?) il peut s'avérer être un médium artistique subtile et riche en nuances, prompt à esquisser et à modeler en touches et ombres diverses, — efficace pour griser n'importe quelle feuille : c'est l'ivresse créatrice qui chemine à travers sa tige de bois protectrice.

L'initiale est son point de départ (Le H l'annonce dur, le B tendre). La gomme sa fin.

De toutes manières le crayon est condamné à s'effacer de lui-même, s'amenuisant inlassablement au fur et à mesure qu'il remplit sa tâche. Ce qui fait que la main qui le tient fermement en ses débuts doit s'adapter à sa lente mais inéluctable désagrégation. Le crayon, comme toute chose, doit retourner à l'état de poussière. En réalité, avant cette ultime étape, il disparaît fortuitement. Perdu ou jeté ? Qui peut en témoigner ?

On ne sait jamais vraiment où finissent les crayons quand ils sont à bout, rendus à un état de délabrement tel que plus personne n'a prise sur eux.



 
Divagation
 

La mouette